Aart Strootman
Steve Reich Marathon
Aart Strootman bâtit en live l'œuvre de Steve Reich, strate par strate.
Steve Reich bâtit dans Electric Counterpoint (1987) une structure à multiples niveaux à partir de motifs répétés à la guitare. Dans la version d'origine, le guitariste de jazz Pat Metheny avait enregistré au préalable les différentes parties, avant d'y ajouter en concert une nouvelle strate jouée en live.
Aart Strootman opte pour une autre approche : il joue et enregistre tous les niveaux en concerte. Le dos tourné au public, il parcourt systématiquement, ligne par ligne, une partition agrandie. Les parties sont enregistrées et empilées, une nouvelle strate étant ajoutée à chaque étape. L'ensemble de l'œuvre se développe ainsi progressivement en temps réel, sur une durée de près de quatre heures.
Ce mode de travail rend tangible la technique minimaliste de Reich. Au premier niveau le son est limpide et transparent, mais à chaque nouvelle addition l'image sonore gagne en densité et en complexité. L'amoncellement de motifs rythmiques et mélodiques modifie aussi le timbre sonore ; d'un son direct de cordes il évolue vers des textures cumulées, rappelant même l'orgue à certains moments.
Ce Steve Reich Marathon ne présente pas seulement le résultat final, mais aussi – ou surtout – le processus, la construction minutieuse d'un tissu musical fait de rythme, d'harmonies et d'accents changeants.