Un spectacle de danse pour 4 danseurs, en guise de préfiguration d'un avenir queer.
Devenus hypervisibles, les corps finissent par disparaître. Les Gayrillères peuvent apparaître la nuit, dans un club désert, dans un lieu de drague, en marge d’une manifestation, dans le sous-sol d’un musée, sous terre. La chorégraphie ? Une série de pas pour une guérilla gay, s’appuyant sur le pouvoir imprévisible de corps aux mouvements synchrones, expérimentant des formes d’intimité. Inspirés des écrits de Monique Wittig, les plaisirs des Gayrillères sont indissociables de la tristesse du contrecoup politique : des corps qui entrent dans le carcéral, des cercles sans fin de la militarisation, du positionnement de l’aberrance sociale. Le droit à l’opacité (Édouard Glissant), le droit de disparaître ou de contrôler ses propres degrés de visibilité, est mis en exergue par les costumes des interprètes, seules sources de lumière dans leur marche, alors que leur luminosité est soit trop faible, soit trop forte.
Les Gayrillères (2022), (No) Time (2020) et Moving Backwards (2019) font partie d’une trilogie d’installations cinématographiques expérimentales dans lesquelles Pauline Boudry / Renate Lorenz explorent le poids politique de la danse. Les interprètes des films emploient, et bien souvent mélangent délibérément, toute une gamme d’éléments de danse s’inspirant du hip-hop, du dancehall, de la danse (post-)moderne et des performances drag-queen.