Il ne s'agit pas spécialement du fait d'être seul et un tout petit peu seulement de solitude. Il s'agit de fidélité. De fidélité éternelle. De la fidélité à la famille, à un être cher. De la fidélité au travail de ses ancêtres. De la fidélité à ses supérieurs, à sa patrie. De la fidélité aux promesses tacites. Et du point où la fidélité se rapproche de la folie.
Dans « Fidelis Fortibus », le public entre sous un chapiteau de cirque où tous les artistes sont décédés. Y a-t-il eu une épidémie ou un accident catastrophique ? Seul le clown est toujours là et il refuse de partir. Il a enterré tout le monde autour du cercle de sciure décolorée. Les tombes sont identifiables : ci-gît l'équilibriste, reconnaissable à ses ballerines, là le clown blanc et sa trompette. Et là le directeur ; même à présent, le clown garde ses distances avec lui, ou plutôt avec sa tombe.
Danny Ronaldo est seul et pourtant tous les personnages se produisent effectivement, car il les maintient en vie. Dès qu'un public est présent, il joue fidèlement et consciencieusement. La trompette, le tuba et le bombardon continuent de sonner comme si quelqu'un en jouait réellement. Le public voit comment l'imaginaire du clown se concrétise ; c'est une raison de vivre valable. Les spectateurs sont également complices dans le maintien du « grand » spectacle de l'illusion. Les applaudissements, les éclats de rire, les airs des cuivres… Ils semblent toujours là en direct, dans la réalité. Le clown ne s'en ira jamais. Ou si ? Mais serait-ce abandonner ? Être infidèle ? Car même si le chapiteau s'est affaissé, tout le monde est mort et on est resté tout seul… il faut que le spectacle continue !